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Nuit d'été à Venise
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Actualité

 

La Nuit de l'éthique 2010
Leçons de ténèbres et d’espérance

 

 

affiche de la nuit de l'éthique 2010Introduction

Qu’est-ce que c’est, et pourquoi ?

Du coucher au lever exacts du soleil, il s’agit d’une traversée de tous les grands registres de l’éthique, depuis le courage d’exister et le rapport aux proches, jusqu’au rapport au monde et à la modestie de s’effacer. La justice constitue l’axe politique et moral de la nuit, mais on y traite aussi de l’évolution des économies planétaires et du choc des cultures. Pourquoi faire cela ? Pour remettre les divers thèmes de l’éthique à leur place dans une démarche d’ensemble qui ait à la fois l’ampleur, la cohérence et la pluralité d’un parcours.

Avec quels intervenants ?

C’est la 20ème fois depuis 1988 qu’Olivier Abel, professeur d’éthique à la Faculté protestante de Paris, propose une telle nuit de l’éthique. Cette traversée pour temps de Pâques, sous forme de 21 brèves leçons de ténèbres et d’espérance de 12mn chacune, organisée cette année avec les pasteurs de l’Oratoire, sera l’occasion de donner la parole à des paroissiens de l’Oratoire, mais aussi à des étudiants de la Faculté de théologie protestante, et encore à d’autres intellectuels protestants, catholiques, musulmans, athées ou autres. Ils le feront sous formes de leçons, ou sous forme d’échos littéraires, bibliques, coraniques, filmiques, picturaux, ou poétiques.

C’est aussi une nuit de concerts

Chaque intervalle sera l’occasion d’un intermède musical. Et comme les leçons sont regroupées en 7 veilles, les six pauses de 25 ou 40 mn seront l’occasion de véritables concerts, de collations, banquets, et animations diverses, dont le programme sera détaillé (depuis la musique baroque et Bach à Brahms ou Duruflé, et depuis des compositions contemporaines et du chant occitan jusqu’à la fanfare de l’Armée du Salut au lever du jour).

Une nuit pour tous

Tout le monde peut participer, dans la mesure où les grandes questions éthiques sont les questions les plus élémentaires, et où elles nous sont communes. On peut donc amener tous ses amis, et les amis de ses amis. Il ne s’agit pas de tout écouter ni de tout comprendre, mais de prendre l’éthique par son côté nocturne, ses rêves de chute ou d’élévation. On peut entrer et sortir quand on veut, en respectant autant que possible l’horaire imparti.

Lieu et inscriptions

Après avoir eu lieu dans des universités, des temples, des églises, des librairies, des théâtres, elle aura lieu cette fois ci au temple de l'Oratoire du Louvre, 145 Rue Saint-Honoré, 75001. Pour la bonne organisation de la nuit, prière de s’inscrire auprès du secrétariat de l’Oratoire du Louvre : 01 42 60 21 64 ou par mail.

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Programme détaillé

Commencement de la nuit 20h15h / Fin de la nuit 6h14 aube nautique

20h15 Ouverture, Pasteurs Marc Pernot et James Woody
(21h25) Prélude musical - Trompe de chasse avec Louis Pernot

Première veille: Courage 20h30/21h26
20h30 : Leçon 1. L’approbation originaire
(20h43) Intervalle musical - Trompe de chasse avec Louis Pernot
20h47 : Leçon 2. Par Claude Geffré sur…
 (21h) Intervalle musical - Trompe de chasse avec Louis Pernot
21h04 : Leçon 3. La paresse et le découragement
(21h17) Intervalle musical - Trompe de chasse avec Louis Pernot
21h21 : Écho biblique Louis Pernot -

Pause 1 : 25 mn
 (21h46) Prélude musical - Clavecin avec Annie Kalifa

Deuxième veille: Proches 21h51/22h47
21h51 : Leçon 4. La conversation amoureuse
(22h04) Intervalle musical - Clavecin avec Annie Kalifa
22h08 : Leçon 5. Par Sandra Laugier sur …
(22h21) Intervalle musical - Clavecin avec Annie Kalifa
22h25 : Leçon 6. Les générations humaines
(22h38) Intervalle musical - Clavecin avec Annie Kalifa
22h42 : Écho filmique par Séverine Boudier - )

Pause 2 : 40mn Soupe à l’oignon et vin chaud
(23h22) Prélude musical - Orgue avec Pierre Laustriat

Troisième veille: Cohabiter 23h27/0h23
23h27 : Leçon  7. Ce n’est qu’un éboulement
(23h40) Intervalle musical - Orgue avec Pierre Laustriat
23h44 : Leçon  8. Par Stéphane Lavignotte sur…
(23h57) Intervalle musical - Orgue avec Pierre Laustriat
00h01 : Leçon  9. Cohabiter le monde
(00h14) Intervalle musical - Orgue avec Pierre Laustriat
00h18 : Écho biblique ? par ??? -

Pause 3 : 25 mn
(0h43) Prélude musical - Voix avec Louis Rodet et autres

Quatrième veille: Justice 0h48/1h44
0h48 : Leçon  10. Le principe de justice
(0h52) Intervalle musical - Voix avec Louis Rodet et autres
0h56 : Leçon  11. Par  Pierre Joxe sur …
(1h09) Intervalle musical - Voix avec Louis Rodet et autres
1h13 : Leçon  12. Conflit et démocratie
(1h26) Intervalle musical - Voix avec Louis Rodet et autres
1h30 Écho (Iliade chant 24 et Samuel 24) sur l’amour et l’équité envers l’ennemi (par Zineb Benkirane et Aurore Dumont

Pause 4 : 25 mn Promenade au pont des arts
(1h59) Prélude musical - instruments avec Louis Rodet

Cinquième veille: Cultures 2h04/3h
2h04 : Leçon  13. Dialectique de la clôture et de l’ouverture
(2h17) Intervalle musical - instruments avec Louis Rodet
2h21 : Leçon  14. Par Philippe Gaudin sur …
(2h34) Intervalle musical - instruments avec Louis Rodet
2h38 : Leçon  15. Petite éthique des religions
(2h51) Intervalle musical - instruments avec Louis Rodet
2h55 : Écho coranique, par R.Benzine - )

Pause 5 : 49 mn Banquet
(3h44) Prélude musical - Piano avec Louis, Pierre, Annie etc

Sixième veille : Jeux 3h49/4h45
3h49 : Leçon 16. La connaissance restée interrogation
(4h02) Intervalle musical - Piano avec Louis, Pierre, Annie etc
4h06 : Leçon 17. par Marc Pernot sur …
(4h19) Intervalle musical - Piano avec Louis, Pierre, Annie etc
4h23 : Leçon 18. L’art de sentir ce que nous faisons
(4h36) Intervalle musical - Piano avec Louis, Pierre, Annie etc
4h40 : Écho par Bénédicte Boissonnas (sur une descente de croix d’Enguerrand Quarton, Pietà de Villeneuve-lès-Avignon, Musée du Louvre)

Pause 6 : 25 mn Vin chaud, Danse et ping-pong
(5h05) Prélude musical - Orgue avec Aurélien Peter
Sanctus du Requiem de Duruflé

Septième veille : Espérance 5h10/6h14
5h10 : Leçon 19. Modestie de la sagesse
(5h23) Intervalle musical - Orgue avec Aurélien
5h27 : Leçon 20. Par James Woody sur…
(5h40) Intervalle musical - Orgue avec Aurélien
5h44 : Leçon 21. L’effacement de soi
(5h57) Intervalle musical - Fanfare de l’Armée du Salut
6h01 : Écho (Ev.Matthieu et Kierkegaard) sur les oiseaux du ciel et les lis des champs, par Gérard Gantois et Eun Devaux

(6h06-6h14) Postlude musical - Fanfare de l’Armée du Salut
Aube, café croissants, rangements, lever du soleil

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Abrégé des leçons d’Olivier Abel

1. Courage

L’approbation originaire

On entre dans l’éthique par un oui plus radical que tout non, et qui sait dire non et oui. Cette approbation dit la confiance, la gratitude, mais aussi le courage d’entrer dans les échanges qui font la vie humaine. Recevoir et donner, prendre et perdre, telles sont les grandes entrées et sorties de l’échange. Cette orientation première fait crédit au désir, en tant que désir du bon, qu’il concourre à un bien commun que l’on puisse partager, ou qu’il fasse valoir la variété des promesses et des manières de dire et de viser le bon.

La paresse et le découragement

L’énergie initiale de sentir et d’agir rencontre cependant le court circuit primordial de la paresse, le vertige du possible, ou bien l’oscillation terrible entre les diverses formes de la fatigue et celles de l’angoisse. Elle rencontre aussi le découragement de découvrir combien nous sommes capables de faire notre propre malheur, et de nous y insensibiliser. Au cœur le plus profond de la fragilité se trouve enfin la découverte qu’il n’est pas bon d’être seul, mais qu’il est bien difficile d’être par, avec, et pour autrui.

2. Proches

La conversation amoureuse

Au milieu de l’enchevêtrement narratif de nos relations, et des chorégraphies par lesquelles nous nous rapprochons et nous éloignons les uns des autres, se trouvent ces conversations essentielles qui trament nos vies d’amitiés diverses. Depuis Adam et Eve, la conjugalité suppose d’avoir quitté père et mère, et le couple amoureux est l’une des figures les plus divines du bonheur. Mais s’il n’y a pas de libre alliance sans déliaison possible, comment rester ensemble alors que nous pouvons toujours nous séparer ?

Les générations humaines

A l’inverse de l’égalité conjugale, la génération n’autorise l’émancipation que par la reconnaissance de l’attachement, et d’une dissymétrie entre le grand et le petit. Le comique, mais aussi le tragique de la condition humaine, provient de la difficulté à articuler ces deux types de liens. Il est toujours plus facile de faire de la ségrégation ! Et puis nous ne savons jamais vraiment à quel point les sociétés humaines ne sont ce qu’elles sont que par ce remplacement « un par un » de la génération, où nous ne transmettons pas ce que nous voudrions.

3. Cohabiter

Ce n’est qu’un éboulement

Et si la montée du capitalisme moderne, et plus généralement du Développement, n’avait fait qu’occulter son propre point de départ, dans une gratuité radicale ? Or les effets de notre puissance ont échappé à nos intentions, et nous voici pris dans l’éboulement du monde de prospérité que nous avions cru bâtir. Ce n’est pas la fin du monde, certes. Mais l’épuisement des ressources, le bouleversement des équilibres naturels et les exodes de plus en plus massifs nous rendent responsables de tout ce qui, du plus proche au plus lointain, est vulnérable.

Cohabiter le monde

Le monde nous a été donné à interpréter et à habiter avant tous nos échanges et nos productions. Et notre condition première de co-habitants fonde une radicale critique de l’économie politique.  Les mœurs réelles sont faites d’habitudes, et il faut bien que chacun ait de quoi se retirer pour se montrer et entrer dans les échanges. La ville elle-même doit offrir un théâtre assez durable pour être réinterprété de génération en génération, et assez équivoque pour entretenir le conflit des intérêts, la diversité des interprétations, et le dissensus politique.

4. Justice

Le principe de justice

Au milieu du parcours se trouve l'exigence de justice, qui gouverne les échanges. La justice suppose nous ayons découvert combien nous sommes mutuellement dangereux, et nous oblige à une règle d’or morale, fondée sur un principe de stricte réciprocité, et qui voudrait la répartition équitable entre tous des biens et des charges. Mais les formes de l’injustice et de l’humiliation sont diverses, que pointent l’accusation et la plainte, et c’est pourquoi la syntaxe de la justice ne cesse de changer, d’inventer les compromis d’un droit différentiel.

Conflit et démocratie

Le conflit toujours accompagne l’histoire, et il faut penser la guerre et le respect de l’ennemi, jusqu’au cœur de nos démocraties certes frappées par l’incivisme et la montée de nouveaux fanatismes, mais dont les remparts protecteurs ne font qu’augmenter la terreur. Comment réinstituer la confiance, les limites et le dissensus ? Le politique boîte, écrasé de l’extérieur entre la gestion technocratique et la démagogie des opinions, écartelé aussi de l’intérieur entre la rationalité propre au bien commun, et l’irrationalité spécifique aux passions du pouvoir.

5. Cultures

Dialectique de la clôture et de l’ouverture

Le plus grave est qu’il y a des différends entre des cultures, des langues, des manières globales d’imaginer la vie bonne, qui sont inaccessibles au consensus. Face à l’accélération des échanges (médias mondiaux, tourisme et migrations planétaires), les cultures sont tentées de se replier dans leurs conservatismes, de se clore dans leurs différences et leurs « inéchangeables ». Comment repenser la tranquille confrontation des cultures ? Comment équilibrer le besoin d’ouverture et de libre-communication et le besoin de clôture et d’enracinement créatif ?

Petite éthique des religions

Dans la mesure où les religions sont comme des langues, on a de plus en plus d’enfants qui pourraient être bilingues, et les civilisations savent désormais qu’elles sont multiples, et mortelles. Cette condition suppose de leur part une éthique minimale, qui refuse tant de se retrancher dans la foi pure, que de se réduire à des traditions identitaires. Il n’y a pas plus de bonne religion à tous égards qu’il n’y a de bonne morale ! L’éclectisme même est impossible, car il n’y a pas de vertu qui n’ait des effets pervers, et la conversation des cultures est vitale.

6. Mondes

La connaissance comme jeu et comme interrogation

La connaissance, c’est le point où l’on se tourne vers le monde immense, insouciant de soi et de nous. Le geste premier est ici de remettre l’interrogation au centre, de repartager le pouvoir de questionner, de s’étonner, de s’émerveiller. C’est aussi de distinguer les ordres de discours et de vérité, d’accepter la discontinuité des problèmes, et qu’il n’y a pas de discours ou de théorie qui puisse répondre à tout. C’est enfin de traverser les discours et les langages, de les porter au point où ils tremblent de dire le monde ordinaire.

L’art de sentir ce que nous faisons

Les arts et les techniques ne sont pas des voies d’évasion hors du monde commun mais une manière d’élargir notre rapport à la chair du monde, de mieux faire ce que nous sentons et de mieux sentir ce que nous faisons. Et si chaque être a son style singulier, sa manière unique de jouer, de se servir et de servir, de différer entre ce qu’il reçoit et ce qu’il donne, le monde tient à cet intervalle entre les interprétations, où chaque être tend à jouer à son optimum, à tenir son rôle au mieux, avant de diminuer et s’effacer devant les suivants.

7. Espérance

Modestie de la sagesse

Qu’est ce qui nous autorise à diminuer et à laisser place aux autres ? Comment sortir de la loi de l’interminable échange? La sagesse pratique peut d’abord pointer ce qu’il y a de comique dans l’universel malentendu où nous sommes plongés, montrer l’étroitesse et le décalage des points de vue, relativiser le différend des grandeurs, proposer en modèle ce qui est petit. On ne cherche plus à généraliser, on improvise des compromis modestes, on insiste sur les moindres choses, les plus communes, qui suffisent à l’attachement.

L’effacement de soi

Le monde n’est pas fini, et la timide espérance se tient sur cette limite, au bord de la nuit. Elle sait qu’ « être ici est une splendeur », mais qu’on n’y vient que par un certain détachement. C’est le travail du pardon que de faire le deuil de l’irréparable et de préparer l’enfantement d’un présent nouveau. La sagesse peut alors traiter l’autre par pure sollicitude, sans davantage chercher à nommer ni comparer, et ce dévouement docile peut être une forme extrême de lucidité, de tranquille effacement de soi pour n’être plus que parmi.

 

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Olivier Abel
Faculté de Théologie Protestante de Paris
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